Littérature générale

  • Virgil ne sentait plus ses jambes. Elles taient restes trop longtemps croises l'une sous l'autre, tels la faucille et le marteau des drapeaux rouges de son enfance.Il n'osait pas bouger. Le chien, un btard gris aux crocs jaunes, rdait toujours. Prudemment, il tendit la main et chercha la porte de mulots. La chaleur de leurs poils gris le rconforta. L'un des petits lui tta le bout du doigt. Il en compta six, plus la mre. Le pre tait absent - comme lui.Avant, en Moldavie, il adorait les chiens et dtestait les mulots. Mais depuis son arrive en France, beaucoup de choses s'taient inverses.Ici, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de mdicaments pour offrir des parfums une femme dont il avait oubli jusqu' l'odeur.Il ferma les yeux un instant et imagina la grande marmite de bordj cuire feu doux dans la cuisine du petit village de Corjeuti. Derrire les vitres embues, la tonnelle ombrageait un minuscule bout de jardin. La vision lui emplit le coeur, mais pas le ventre.Cela faisait deux mois maintenant qu'il vivait tapi dans un trou. Une tombe d'un mtre quatre-vingt-dix sur un mtre de large et un mtre de profondeur, creuse la main au beau milieu de la fort, et recouverte d'un toit de branches et de feuilles.Le jour, il y enfouissait ses affaires. La nuit tombe, il s'y enterrait vivant. Personne ne viendrait le chercher l, touff dans les broussailles, entre un tronc d'arbre couch par la dernire tempte et un entrelacs de branches mortes.

  • Ariane

    Myriam Leroy

    " Quand j'ai eu douze ans, mes parents m'ont inscrite dans une école de riches. J'y suis restée deux années. C'est là que j'ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d'elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s'affiche lorsqu'on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n'apparaît nulle part. Quand j'ai voulu en parler, l'autre jour, rien ne m'est venu. J'avais souhaité sa mort et je l'avais accueillie avec soulagement. Elle ne m'avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C'est fini. C'est tout. "
    Elles sont collégiennes et s'aiment d'amour dur. L'une vient d'un milieu modeste et collectionne les complexes. L'autre est d'une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L'autre, c'est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu'elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.
    Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort. Myriam Leroy est journaliste, presse et radio, et écrit pour le théâtre. Elle habite Bruxelles.

  • " Si ce soir-là Charlotte n'était pas sortie dîner entre filles, si ce jour-là Karim n'était pas allé à la mosquée, jamais elle n'aurait déchiré sa robe, jamais il ne serait parti en Syrie. Ils promèneraient leur fille dans les allées du parc. Il lui achèterait des livres qu'elle laisserait traîner sur la table de nuit. Chaque jour elle serait plus belle. Chaque jour ils seraient plus amoureux. Ils boiraient du Sancerre au bonheur de leurs 30 ans, danseraient sur Christine and the Queens. La vie ne tient parfois qu'à un bas filé... " Le miracle n'arrivera pas : cette nuit-là, Karim perd tout. Son désir de vengeance va le mener jusqu'aux ruines d'Alep, au coeur de la machine à embrigader de Daech. Là où se cachent les monstres, mais aussi les centaines d'égarés qui ont fait le mauvais choix pour de mauvaises raisons. Là où il faudra lutter pour ne pas ressembler aux bourreaux. Un voyage réaliste au pays mal connu de l'embrigadement et de toutes les violences. Pascal Manoukian, ancien reporter de guerre, a dirigé l'agence Capa. En 2013, il publie un récit, Le Diable au creux de la main, dûment salué par la critique. Son premier roman, Les Échoués (2015), a reçu un bel accueil auprès des lecteurs, des libraires et des médias.

  • " Je suis venu au Liban, voir ce qu'il en était de ces hordes de crevards qui prenaient d'assaut nos frontières, pour nous voler nos emplois et cramer nos allocs. J'ai décollé mon cul de mon divan, éteint ma télé après 59 mois passés à regarder le peuple syrien se faire écraser dans un silence vertigineux. J'ai vu la lumière au milieu de cette misère... "
    Un jour d'été 2015, Bernie Bonvoisin décide de se rendre au Liban et d'aller à la rencontre des jeunes Syriennes et Syriens réfugiés au pays du Cèdre. Dans les camps et les squats de fortunes où les exilés forcés survivent dans un dénuement extrême, le long de la frontière, il veut recueillir les mots d'une enfance volée par la guerre et le terrorisme, dont l'innocence anéantit tous les discours politiques. Là, il rencontre une génération sacrifiée à la maturité spectaculaire, le futur de la Syrie.
    Bernie Bonvoisin, fondateur du groupe Trust, est connu pour ses engagements politiques. Il est aussi cinéaste et romancier.

  • Avec la publication de Diam's autobiographie, en 2012, et sa première apparition à la télévision après une longue absence, Mélanie Georgiades, dont la conversion à l'islam avait fait grand bruit, a acté sa renaissance. Depuis, elle s'est consacrée à sa vie de femme et de jeune maman, laquelle lui a réservé de grandes joies mais aussi des épreuves. Car la route vers le bonheur est parfois longue, et semée d'embûches. Mélanie le sait bien. Elle revient ainsi sur les jours d'après la sortie de son premier livre, et les réactions, violentes ou bienveillantes des médias, de l'opinion publique mais aussi de son public et de son entourage. Elle renoue notamment avec des proches que sa conversion avait éloignés d'elle ; elle se rapproche de sa mère, et surtout retrouve son père, le grand absent de sa jeunesse. Pendant ce temps, Mélanie suit toujours son chemin spirituel, apprend la tolérance et s'applique, du mieux qu'elle peut, à « se lever tous les matins en essayant d'être meilleure que la veille » et, dit-elle, dans un éclat de rire : « C'est un programme complet pour une journée ». Cependant celle qui vit sa foi comme un témoignage de paix et de sérénité veut aussi rétablir des vérités à propos du terrorisme qu'on attribue à l'islam et qui - selon ses mots - n'est le fait que d'égarés en perdition et d'ignorants. Elle veut raconter comment la foi l'a au contraire adoucie, apaisée, soignée et guérie de ses blessures. Et veut tendre une main à ceux qui ont peur de l'Islam, une main chaleureuse et pacifique. Loin du bruit et de la colère, Mélanie prône le respect, l'ouverture et l'apaisement dans une France désormais multiculturelle aux couleurs et croyances variées.

  • Simon, neuf ans, vit avec son père Paul et sa mère Carole dans un vaste appartement parisien. Mais le couple n'en est plus un depuis longtemps. Paul est écrivain, Carole, femme d'affaires accomplie, passe sa vie en Australie.
    Le jour où Paul est hospitalisé pour dépression, Simon est recueilli par Lola, grand-mère fantasque prête à tout pour le protéger. Dans les couloirs de l'hôpital, il rencontre Lily, fillette étrange qui semble bien résolue à lui offrir son aide.
    Simon va tâcher de mettre des mots sur la maladie de son père, jusqu'à toucher du doigt une vérité indicible.

  • « Il est temps de dire nous. Ce nous qui rassure par ses audaces, ce nous qui crée de la confiance en risquant son bonheur. Dire nous pour partir à la recherche d'un horizon des possibles en faisant chemin tous ensemble, dans le souci des plus fragiles et des moins protégés, des moins habiles et des plus exploités. Dire nous pour inventer un nouvel imaginaire qui nous élève et nous relève, en nous extirpant du marécage où macèrent nos divisions, nos rancoeurs, nos ressentiments. Dire nous pour cesser de dire eux contre nous, nous contre eux, notre nous contre le leur, dans une guerre sans fin dont nous serons tous les victimes, nous comme eux. Dire nous pour réussir à échapper aux fatalités du présent par la subversion de l'ordinaire et du quotidien, en l'enchantant par la beauté et la bonté, contre la laideur et la méchanceté. Dire nous avec cette certitude que la politique, comme bien commun, est d'abord une poésie, une poétique où l'espérance retrouve l'énergie qui lui manquait, comme un souffle libérateur. Dire nous, donc, pour inventer tous ensemble le oui qui nous manque, celui d'un peuple réuni dans sa diversité et sa pluralité autour de l'urgence de l'essentiel : la dignité de l'Homme, le souci du Monde, la survie de la Terre. » Journaliste, Edwy Plenel est cofondateur et président de Mediapart, journal en ligne indépendant et participatif. Il a notamment publié chez Don Quichotte Le Droit de savoir (2013) et Dire non (2014).

  • Un virus mortel et incurable a mis l'espèce humaine face au danger de l'extinction. Baobab, arbre premier, arbre éternel, arbre symbole de grande sagesse, prend la parole et réveille la mémoire de l'humanité. Sous son ombre fraîche, hommes, femmes, enfants pris dans la tourmente, combattants farouches pour la survie, vont confier leur lutte contre les ravages d'Ebola : le docteur en combinaison d'astronaute qui, jour après jour, soigne les malades sous une tente ; l'infirmière sage-femme dont les gestes et l'attention ramènent un peu d'humanité ; les creuseurs de tombes qui, face à l'hécatombe, enterrent les corps dans le sol rouge ; les villageois renonçant à leurs coutumes ancestrales afin de repousser Ebola...
    Écrivaine ivoirienne, Véronique Tadjo a dirigé jusqu'en 2015 le Département de français de l'Université du Witwatersrand à Johannesburg. Ses livres sont traduits en plusieurs langues, du Royaume aveugle (1991) à L'Ombre d'Imana : Voyages jusqu'au bout du Rwanda (2001) et Reine Pokou, concerto pour un sacrifice (2005).pour lequel elle a reçu en 2005 le Grand Prix de Littérature d'Afrique noire.

  • Alors que le Conseil national de la résistance espérait, à la Libération, que la France se dote d'une presse indépendante des " puissances financières ", celles-ci contrôlent désormais presque tous les médias. Et la normalisation économique se double fréquemment d'une normalisation éditoriale, quand il ne s'agit pas d'une censure pure et simple.
    De Canal+ à France Télévisions, en passant par M6 ; de Libération au Monde, en passant par Le Parisien, Laurent Mauduit mène l'enquête sur la reprise en main dont toute la presse, ou presque, a fait l'objet ces dernières années.
    Pour comprendre la gravité de cette mise sous tutelle, il nous invite aussi à nous replonger dans les combats démocratiques en faveur d'une presse libre et indépendante qui, de 1789 à nos jours, ont secoué la France. Une plongée dans le passé, celui de la presse asservie du Second empire ou celui de la presse corrompue de l'entre-deux-guerres, qui permet de prendre la mesure de la régression que nous vivons actuellement.
    Établissant une description méticuleuse du naufrage des médias français, l'enquête est aussi un plaidoyer en faveur d'une refondation de la presse, dans le cadre d'une révolution démocratique. Tant il est vrai qu'il n'y a pas de démocratie véritable sans citoyens éclairés...
    Écrivain et journaliste, Laurent Mauduit est cofondateur de Mediapart. Auparavant, il a été chef du service économique de Libération et directeur adjoint de la rédaction du Monde.

  • « Les moukhabarâts d'Assad nous ont fait remonter à la surface. C'était la première fois que je voyais la lumière depuis 37 jours, depuis mon arrivée à la prison d'Al-Khatib. On nous a rassemblés dans une cour cernée de barbelés. Un officier a entamé un discours : "Dans un geste généreux, monsieur le président vous a amnistiés. Vous devez maintenant vous éloigner des mauvaises actions, être d'honnêtes citoyens, renoncer aux manifestations et au complot occidental." Je me cachais les yeux, complètement ébloui. Je découvrais des taches blanches sur ma peau. Un bus nous a emmenés non loin du "carré sécuritaire", dans un quartier que je connaissais bien pour y avoir fait des chantiers avec mon oncle. Chacun est parti dans une direction. "N'oublie pas ceux qui sont restés !" m'a crié un vieil homme de l'autre côté de la rue. » Majd a 23 ans lorsqu'il participe aux premières manifestations contre la dictature de Bachar al-Assad. Mais les aspirations démocratiques du peuple syrien se heurtent vite à la violence inouïe du régime. À sa sortie de détention, à l'automne 2011, il s'engage dans les aides médicales puis crée des centres pour les enfants de sa Ghouta natale qui, délivrée par les forces révolutionnaires, subit un terrible siège : bombardements, malnutrition, situation médicale dramatique, commerce de guerre, attaque chimique... Pourtant, la société civile, militants, médecins, enseignants, citoyens journalistes, continue à assurer de son mieux la permanence de la vie. Majd Al Dik, 27 ans, est aujourd'hui réfugié politique en France. Traductrice de l'arabe vers le français, Nathalie Bontemps a vécu huit ans en Syrie.

  • La Muette

    Alexandre Lacroix

    Il existe, à quelques kilomètres de Paris, un lieu méconnu, même si des événements majeurs s'y sont déroulés : la cité de la Muette. À l'origine, elle devait être un fleuron de l'architecture française. Dessinée par deux grands architectes, elle représentait une réponse au Bauhaus allemand, et une révolution du logement populaire. Mais le chantier a été interrompu avant-guerre et, de 1941 à 1944, la Muette est devenue le camp de Drancy, administré par les gendarmes et les nazis. Depuis ces bâtiments, soixante-sept mille Juifs furent déportés.
    Le destin de cette cité, qui concentre ce qu'on ne veut pas voir à la fois dans l'histoire et dans la société françaises, ne s'arrête pas là : après la Libération, elle a été aménagée pour y créer des logements sociaux. Les anciennes chambrées des détenus, cloisonnées à la va-vite pour faire des studios et des deux-pièces, sont encore habitées de nos jours.
    Dans ce roman choral, l'auteur nous invite à suivre le parcours de deux personnages attachants, Elsa, détenue en 1943, et Nour, un jeune Beur d'aujourd'hui. Ils n'ont pas la même langue, pas le même rapport au désir ni à la mort, mais leurs histoires s'entremêlent et se répondent. Si bien qu'au croisement de leurs monologues, on croit entendre les voix de la Muette.

  • En septembre 1985, le ministre de la Dfense et le patron de la DGSE furent contraints de dmissionner sous l'effet de rvlations de presse qui firent tomber le chteau de cartes du mensonge officiel.Jeune journaliste au Monde - j'allais avoir, cet t-l, trente-trois ans -, je fus l'origine de ces informations qui, soudain, firent surgir le journalisme d'enqute, ses rvlations et ses tensions, la Une du quotidien alors de rfrence, bible des lites politiques, tatiques et conomiques du pays. Si j'ai crit plusieurs livres, mlant rflexion et tmoignage, sur les ralits, et notamment les affaires, que j'ai eu traiter durant prs de quarante ans de journalisme, je n'ai jamais rien dit de cette histoire emblmatique.J'ai mme longtemps choisi de me taire face toutes les btises, approximations ou rumeurs, qui s'en sont empares. Le journalisme conformiste, que j'aime appeler de gouvernement, n'est pas le dernier nier les vrits qui drangent. Et son commanditaire silencieux, l'tat profond, dont les servitudes n'ont pas d'tiquette partisane, n'aime gure perdre face au dsordre incarn par le journalisme sans fils la patte, libre et indocile. Mais j'ai prfr laisser dire, respectant un dlai de viduit qui tait aussi une forme de respect pour les acteurs oprationnels d'une mission dont le pouvoir prsidentiel d'alors, celui de Franois Mitterrand, tait seul coupable et comptable.C'est ce silence que j'ai dcid de rompre. D'abord parce que l'affaire Greenpeace est une leon de choses journalistique, salutairement dmystificatrice sur ce qu'est une enqute, son artisanat, son travail collectif, ses intuitions, ses ttonnements, ses risques. Ensuite parce que ce scandale d'tat claire d'une lumire aveuglante la ralit faiblement dmocratique du prsidentialisme franais, ses abus de pouvoir potentiels et les risques qu'ils font courir notre pays. Enfin, tout simplement, parce que l'acteur de cette histoire que je fus, en raison de l'effet politique des rvlations du Monde, n'a plus envie que d'autres la malmnent ou la dforment.

  • " L'antispécisme milite pour l'intégration de tous les êtres vivants sensibles dans une même famille de considération morale. Vu sous un autre angle, cela signifie que l'antispécisme revendique l'appartenance de l'espèce humaine à une communauté beaucoup plus large qu'elle-même, celle des animaux. Il s'agit de notre communauté d'origine, dont nous ne sommes jamais sortis, malgré nos tentatives désespérées pour le faire croire et l'obstination à renier nos origines. Nous ne sommes que les jeunes visiteurs d'un zoo égaré au milieu de nulle part. "
    Antispéciste explore la génétique, la cosmologie, l'éthologie, le droit et la philosophie pour expliquer pourquoi nous sommes tenus aujourd'hui d'accorder certains droits élémentaires aux animaux non humains sensibles. Mais cette extension de notre sphère de considération morale s'inscrit dans une réflexion beaucoup plus large. En invitant à repenser le vivant et la place de l'homme dans l'univers, Antispéciste décrypte les raisons de l'échec de l'écologie politique traditionnelle et propose un nouveau projet nommé l'écologie essentielle, qui doit aboutir à une réforme constitutionnelle pour prendre en compte la valeur intrinsèque de tous les êtres vivants.
    Antispéciste pose également des questions inédites : qui sont les animalosceptiques ? Pourquoi l'antispécisme est-il un combat social ? Pourquoi Superman est-il un superhéros antispéciste ? Pourquoi le vrai but de l'écologie est-il en réalité de faire sortir l'homme de la nature ? Qu'est-ce que la réduction de l'empreinte négative ? Pourquoi les éleveurs ont-ils intérêt à rejoindre les antispécistes ?
    Antispéciste est un appel au soulèvement des consciences. Un appel à la révolte individuelle. Un appel à un nouvel humanisme.
    Aymeric Caron est journaliste et écrivain. Il est l'auteur d'Envoyé Spécial (2003), No Steak (2013) et Incorrect (2014). Il invite à une nouvelle réflexion sur la nature et les droits des animaux.

  • « Tu le prends, et tu t'en vas ! » lâche le diplomate américain. Ce 22 mars 2013, l'homme des missions délicates de la Cour prend livraison du fugitif. Les Américains sont pressés. Surtout, ne pas montrer qu'ils coopèrent avec la Cour. Surtout, ne pas être là lorsque Bosco Ntaganda comprendra que le deal n'est pas exactement à la hauteur de la promesse... Le Belge a tout juste le temps de passer les menottes aux poignets de Terminator (charmant sobriquet du milicien), de s'engouffrer dans un véhicule blindé et de foncer vers l'aéroport de Kigali. Les Rwandais n'ont pas fourni d'escorte à l'envoyé de la Cour et rejettent officiellement tout lien avec l'affaire. Sur le tarmac, un Jet les attend pour un aller simple à destination de La Haye à 113 000 euros. Une reddition à grands frais après sept ans de cavale.À 8 000 kilomètres de la mine d'or de Kilo-Moto dans l'est congolais, Bosco Ntaganda partage désormais l'ordinaire d'une poignée de politiciens, d'un ex-enfant soldat et du président déchu Laurent Gbagbo. Comme lui, les chefs d'État kenyans, libyens et soudanais ont été ciblés par la CPI mais ont connu d'autres fortunes. Au terme d'une âpre bataille, Uhuru Kenyatta a été auréolé d'un non-lieu, Mouammar Kadhafi a choisi de mourir à Syrte plutôt que moisir à Scheveningen, et Omar el-Bachir continue de mener à la trique sa guerre au Darfour sous l'oeil des satellites-espions de la star hollywoodienne George Clooney. Le héros de Nespresso y traque en live des preuves de crimes contre l'humanité.Bâtie dans le sillage du tribunal de Nuremberg chargé de juger les chefs nazis après la Seconde Guerre mondiale, érigée sur les fondations des tribunaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda établis dans les années 1990 par les Nations unies, la Cour pénale internationale est née d'un traité signé à Rome en 1998, entre la fin de la guerre froide et les attentats du 11-Septembre. À des milliers de kilomètres des sites de crimes, elle est le théâtre de guerres conduites au quotidien code pénal à la main. Menaçant chefs d'État et seigneurs de guerre, elle se dresse en nouvel acteur des relations internationales, souvent embarrassant, parfois salutaire, suscitant l'émergence d'une véritable diplomatie judiciaire. Si elle fut la promesse d'un futur libéré de l'impunité, se rêvant en Thémis au chevet d'après-guerres et suspendant son glaive sur le crâne des bourreaux, la voici transformée en arme diplomatique à l'usage des puissants, apposant leur label sur le bien et le mal.

  • 12 juillet 2012. Philippe Varin, président du directoire de PSA, premier constructeur automobile français, annonçait la fermeture du site d'Aulnay. Ainsi donc, après leur avoir promis que le site resterait ouvert et que la priorité était de préserver leurs emplois, les ouvriers d'Aulnay sont priés d'aller voir ailleurs. Une entreprise qui ferme, c'est presque une banalité par les temps qui courent : dans le cas de PSA-Aulnay, ce sont 3 000 emplois supprimés, 3 000 vies bousculées, et quelques images au journal de 20 heures, vite chassées par une nouvelle actualité.Un emploi industriel, c'est comme un arbre après la tempête, vite déraciné mais plus difficile à faire repousser. Certains ouvriers d'Aulnay seront reclassés dans le groupe, d'autres devront partir à la recherche d'un (improbable) nouveau CDI. Ghislaine Tormos, elle, a décidé de se battre avec courage. Avant ce jour de juillet, Gigi n'avait encore jamais fait grève. Depuis, elle est devenue l'un des symboles de la lutte des ouvriers de PSA.La crise grandissant, les voitures se vendent moins, les profits de PSA ne sont plus ce qu'ils étaient, et supprimer des emplois devient la seule réponse à la crise. « On me dit que je coûte trop cher, mais pour moi depuis des années, c'est la vie qui est trop chère. » Gigi n'accepte pas que son travail, sa seule richesse, soit devenu le mal-aimé de notre économie, que l'on parle de son coût comme d'une charge pesante et jamais de sa valeur fondamentale. Elle n'accepte pas davantage que les socialistes n'aient pas tenu les promesses faites aux ouvriers d'Aulnay lors de la campagne présidentielle. Elle ne se résout pas à cette fatalité de laisser sans broncher fermer nos usines les unes après les autres.Derrière le témoignage de cette quinquagénaire parlant juste, il y a la parole de tous ces ouvriers, hommes et femmes, liés chaque jour par une chaîne de travail, dans l'effort, la contrainte, parfois la douleur. Autrefois certains d'appartenir à une organisation humaine qu'ils pensaient solide, ils se sentent aujourd'hui trahis.Face aux implacables logiques économiques et financières, le point de vue de la petite ouvrière d'Aulnay ne pèse pas bien lourd, or il mérite qu'on l'écoute.

  • Cette année-là, sans se concerter, sans obéir au moindre mot d'ordre, 11 millions d'Aoûtiens ne reprirent pas le chemin du travail et de l'école à la fin août.
    Pandémie de burn-out face à la crise qui n'en finissait plus, au terrorisme qui, on ne cessait de le répéter, ne manquerait pas de frapper encore, abstention généralisée devant la menace de moins en moins fantôme d'une élection présidentielle terrifiante ?
    Tous ceux qui avaient l'habitude de chroniquer et de disserter doctement, observateurs et acteurs de la vie politique, économique et sociale, se trouvèrent aussi désemparés pour comprendre le phénomène que le gouvernement pour trouver des solutions à cette rentrée buissonnière.
    Les patrons menacèrent de licencier en masse, les banques de bloquer les comptes des " déserteurs " et, passé le mouvement de sympathie amusée des premiers jours, l'agacement puis la colère s'emparèrent de ceux qui avaient repris le travail.
    Les Aoûtiens, eux, ne demandaient chaque jour qu'un autre jour pour reprendre le souffle qui leur avait manqué quand il s'était agi de prendre le chemin du retour.
    Objets de toutes les préoccupations, sujets des études les plus alarmantes et cibles des haines les plus féroces, les Aoûtiens découvraient un nouveau monde et une vie dont ils étaient privés jusqu'à cette rentrée.
    Auteur pour d'autres d'une vingtaine d'ouvrages et sous son propre nom d'autant de films documentaires, Stéphane Benhamou prend généralement ses vacances au mois d'août.
    Cette année-là, sans se concerter, sans obéir au moindre mot d'ordre, 11 millions d'Aoûtiens ne reprirent pas le chemin du travail et de l'école à la fin août.
    Pandémie de burn-out face à la crise qui n'en finissait plus, au terrorisme qui, on ne cessait de le répéter, ne manquerait pas de frapper encore, abstention généralisée devant la menace de moins en moins fantôme d'une élection présidentielle terrifiante ?
    Tous ceux qui avaient l'habitude de chroniquer et de disserter doctement, observateurs et acteurs de la vie politique, économique et sociale, se trouvèrent aussi désemparés pour comprendre le phénomène que le gouvernement pour trouver des solutions à cette rentrée buissonnière.
    Les patrons menacèrent de licencier en masse, les banques de bloquer les comptes des " déserteurs " et, passé le mouvement de sympathie amusée des premiers jours, l'agacement puis la colère s'emparèrent de ceux qui avaient repris le travail.
    Les Aoûtiens, eux, ne demandaient chaque jour qu'un autre jour pour reprendre le souffle qui leur avait manqué quand il s'était agi de prendre le chemin du retour.
    Objets de toutes les préoccupations, sujets des études les plus alarmantes et cibles des haines les plus féroces, les Aoûtiens découvraient un nouveau monde et une vie dont ils étaient privés jusqu'à cette rentrée.
    Auteur pour d'autres d'une vingtaine d'ouvrages et sous son propre nom d'autant de films documentaires, Stéphane Benhamou prend généralement ses vacances au mois d'août.

  • « Je me demande ce qui se cache dans les secrets de l'âme de ces anciens combattants serbes. Ont-ils été témoins des crimes de guerre ? Acteurs du nettoyage ethnique ? Je m'interroge sur cette façon de nier et de travestir le passé. Pourtant, de longues enquêtes approfondies ont révélé des atrocités et des massacres à grande échelle. Après plus de vingt ans, je perçois au mieux le silence, au pire le mensonge. Je m'apprête à partir quand Sredan lâche : "Une nouvelle guerre est possible. Les Balkans sont un baril de poudre, et les Musulmans d'ici se sentent plus turcs que les Turcs." Je songe à cette phrase lourde de menaces et imagine que le vétéran et quelques-uns de ses camarades ressassent chaque jour ces histoires de guerre au fond du bureau poisseux de leur association. L'avenir ne s'annonce pas radieux. » Hervé Ghesquière était à Sarajevo, en 1992, quand la Yougoslavie a explosé, marquant le début d'un des conflits les plus meurtriers de cette fin de siècle, en plein coeur de l'Europe. Vingt ans après, il est retourné sur ses traces, pour un périple de neuf mille kilomètres dans une Bosnie marquée au fer rouge de la guerre. Le nationalisme et la corruption n'ont cessé depuis de ronger un pays en proie au sectarisme et au populisme, qui mènent inévitablement au précipice. Un récit éclairant, à l'heure où l'Europe semble sombrer dans le repli identitaire. Hervé Ghesquière est grand reporter à France 2. Il a couvert de nombreux conflits : ex-Yougoslavie, Cambodge, Rwanda, Irlande du Nord, Irak et Afghanistan. Il travaille aujourd'hui pour l'émission « Envoyé spécial ». En 2012, il a publié 547 Jours, un récit relatant son expérience d'otage des talibans.

  • Tout le monde connaît les frasques de la rock star pourrie gâtée, ses coups de gueule plus ou moins justifiés. Il vire une fan en plein concert parce qu'elle a eu l'audace de se faire remarquer : « Je suis venu ici pour ouvrir une put*** de montagne, et vous essayez de me dicter mon art. Ne m'interrompez pas ! Je suis Kanye West, put*** ! » Après l'ouragan Katrina, il déclare sans filtre : « George Bush n'en a rien à faire des Noirs », puis clashe Barack Obama : « On ne change pas le monde en restant à la Maison Blanche. » En août 2015, l'époux fantasque et mégalo de la grande prêtresse de téléréalité Kim Kardashian confirme son intérêt pour la chose publique au terme d'un discours de 12 minutes aux MTV Awards (« certains vont se demander si j'ai fumé avant de venir, la réponse est oui ») et annonce sa candidature à l'élection présidentielle... L'auteur retrace l'enfance atypique de ce gamin de la classe moyenne, fils d'une professeur de littérature et d'un ex-Black Panther, ses débuts dans la musique, le deal fondateur avec Jay Z, dont il relance la carrière. Producteur le plus important de sa génération, il réalise en 2004 son premier album, The College Drop Out. Conçu juste après un terrible accident de voiture qui manque lui coûter la vie - et marque le début de sa crise mystique du « Black Jesus » - il révolutionne le rap game. Suivront Late Registration, 808's and Heartbreak, et Yeezus. Au sommet de sa gloire, l'artiste tyrannique et torturé a rendu obsolète le look et l'imagerie gangsta - il tente d'intégrer le monde de la haute couture - et ne cesse d'ailleurs de remettre en cause certaines normes, prenant position pour les droits des homosexuels dans un univers où cela n'est pas évident : « On se bat durement pour qu'un Blanc ne nous lance pas à la figure le mot "nègre". Mais nous faisons pareil avec les gays. » À travers une série de chapitres ultra-documentés, nourris d'anecdotes, de faits historiques, d'analyses sociologiques et d'interviews inédites en France, Kanye West reconstitue les pieces of a man de celui qui a profondément influencé et remodelé la culture pop du 21e siècle.

  • Moi, la Révolution

    Daniel Bensaïd

    Moi, la Révolution, le coup de colère d'une victorieuse défaite, mangeuse d'hommes et femme à histoires. Un voyage passionné à travers les enjeux idéologiques de 1789 et de ce qu'on en retient.
    En 1989, la Révolution venait hanter son bicentenaire. Prenant à partie sur le mode du tutoiement sans-culotte le citoyen-président, elle s'emporte contre ces festivités officielles dont elle se sent la grande absente, escamotée sur fond de conversion au réel et de régression des utopies. Contre ceux qui la voudraient terminée, cette éternelle dissidente se proclame infinie, et réplique : en finir avec Thermidor !
    Irrévérencieuse et querelleuse, elle chemine entre passé et présent avec des compagnons d'infortune inattendus – Jeanne d'Arc et Charles Péguy notamment – et se livre à son examen de conscience, discutant des Droits de l'homme et de la Terreur, de la République et du Progrès, de l'Argent et de la Morale...
    Daniel Bensaïd, philosophe et militant, politique et poète, indocile comme les causes qui l'animaient, inclassable comme les irréguliers qu'il défendait, est un passeur pour toutes celles et tous ceux qui ne se rendront jamais à l'ordre des choses et du monde, à ses injustices et à ses mensonges. Son parti pris des révoltes fondatrices, insaisissables et imprévisibles, est une invite à découvrir les inépuisables émancipations qu'elles appellent.
    Directrice de recherches au CNRS et auteure d'une trentaine d'ouvrages, Arlette Farge a reçu en 2016 le prix international Dan David. Elle signe la préface.

  • De A comme Air Force One à Z comme Zip Code, ce dictionnaire rock, historique et politique donne les clefs indispensables à la compréhension de l'Amérique actuelle.
    Qui sait que Google abandonne 30 % de ses projets ? Que la sitcom Friends a fait bondir les inscriptions à l'université de Columbia ? Pourquoi l'Amérique ne se sent-elle pas prête à élire un mormon président après avoir installé un Noir à la Maison- Blanche ? Qui sont les nouveaux héros de la droite américaine ? Pourquoi Manhattan la riche n'arrive-t-elle pas à se débarrasser de ses souris et de ses bedbugs (puces de lit) ? Comment Warren Buffet a-t-il pu faire fortune sans mettre les pieds à New York ? Pourquoi le chien ou le chat de la Maison-Blanche font-ils toujours partie de la vie politique ? Le Cupcake va-t-il survivre au macaron ? Comment Las Vegas peut-elle être au bord de la faillite ? Les participants à Occupy Wall Street dorment-ils vraiment à l'hôtel Marriott ? Que reste-t-il de la Nouvelle-Orléans aujourd'hui ?
    L'Amérique, qui nous envoie l'iPhone et nos séries cultes, qui nous en met plein la vue en élisant un président noir ou en permettant à Mark Zuckerberg de devenir, à l'âge de vingt-trois ans, le plus jeune milliardaire de la planète, est aussi depuis quelques années le pays qui annonce les drames dont nous subirons longtemps les conséquences, du 11-Septembre à la crise des subprimes. Pourtant, nous connaissons mal l'Amérique. Ce DicoRock rassemble les grandes références de la vie américaine (Google, Tarantino, la pizza), les idées reçues (les New-Yorkais ne parlent jamais de « la grosse pomme » pas plus qu'on ne dit « Frisco » à San Francisco ; Carter, malgré son Nobel, passe pour un des pires présidents), les expressions intraduisibles (cougar, cover up, dating, freegans) et cependant essentielles pour se plonger dans l'Amérique d'aujourd'hui.

  • Un sujet toujours présent dans les médias, qui, mettant en jeu les notions de démocratie, dégalité, de justice, de liberté et de tolérance, déclenche les passions politiques et citoyennes.Ce livre, écrit par une journaliste grand reporter, arabe et laïque, est une réflexion nourrie davis de spécialistes religieux et politiques mais aussi de témoignages de musulmanes. Non polémique et instructif, un nouveau débat, franc et serein, sur ce sujet complexe et passionnel.Nahida Nakad, auteur légitime sur le sujet, a été élue en 2012 Femme arabe de lannée par le journal Takreem. Grand Reporter à TF1 depuis 1994, elle couvre les conflits au Moyen-Orient, dans les Balkans et en Afrique. En 2010, elle est nommée directrice du pôle arabophone de France 24 puis directrice des rédactions des trois chaînes, française, anglaise et arabe. Depuis 2013 elle est consultante en relations internationales à Public Diplomacy. Elle a publié À la recherche du Liban perdu, et Un couple dans la guerre, un essai sur la guerre en Irak avec Jean-Pierre About.

  • Là où tout a commencé. Peu avant l'élection présidentielle, le gouvernement a rompu les négociations avec les FARC et celles-ci ont enlevé I. Betancourt. En coulisses, politiques, cadres de l'armée et grands industriels colombiens manoeuvrent pour éradiquer la plus vieille guérilla d'Amérique latine, grâce au matériel militaire fourni par les États-Unis et à une désinformation via les médias dominants, qui présentent les FARC comme un simple cartel de drogue et taisent les massacres perpétrés par les paramilitaires, avec la complicité de l'armée, et la contestation sociale dans ce pays où misère et violence explosent.
    Car, en Colombie, prendre les armes, d'un côté ou de l'autre, est souvent la seule façon d'échapper à la pauvreté. À Vistabonita, village au coeur de la jungle colombienne, paysans et cultivateurs de coca s'accommodent de la présence des farianos, qui ont repris le contrôle des territoires autrefois sous la coupe des paramilitaires. Dans cette région isolée, les FARC suppléent au gouvernement et récoltent l'impôt. Les comandantes Olga, dont l'ex-compagnon guérillero a péri les armes à la main, et Demetrio gèrent la vie d'un de ces camps de subversivos en perpétuel mouvement. Hermanito, ancien militant communiste pour qui l'adaptation à la vie militaire n'a pas été sans peine, Zorani, l'infirmière, Milena, Jairo et les autres y poursuivent le combat au nom de la justice sociale, sans oublier de vivre, de rire, de s'aimer. Au village, certains habitants ont fraternisé avec la guérilla, comme Estefania, l'institutrice, ou Camilo et Juan Carlos, deux jeunes campaneros acquis à la révolution. Manuel le raspachine cultive quant à lui la coca sans trop se soucier de savoir à qui le trafic profite : il est amoureux de Jenny, qui a troqué son balai et une vie de misère contre une kalachnikov et la cause du peuple.
    Or la guerre les rattrape le jour où les paracos, avec la complicité de l'armée et de l'État, décident de reconquérir la région, à commencer par ce pueblo stratégique. La suite de l'histoire, seules ces pages nous la raconte, car la presse, complice par idéologie ou ignorante par confort, ne la rapportera jamais. « Heureusement [.], nous nageons là en pleine fiction. [.] Tout ceci n'est qu'un roman. »

  • Mado, jolie ppette de soixante-dix-sept ans, est en maison de retraite. Seulement voil, elle a le mchant sentiment de vivre en marge de la vie, cloisonne entre les murs de ce sinistre tablissement. Alerts, ses copains de toujours, Jacky et Ferdinand, octognaires eux aussi, aids de ses petites filles Delphine et Magali, organisent un plan pour la faire vader... Jacky et Ferdinand se firent avaler par le porche en essayant d'tre invisibles - leur ge, fastoche. a n'a rien d'un exploit. Quand on affiche quatre-vingt balais au compteur, on a depuis longtemps la piteuse habitude d'tre devenu transparent. Il faut juste s'y faire. Il n'y a plus gure que dans les files d'attente, l'heure o les Vivants font leurs courses du soir, que l'on vous dvisage - oh non c'est bien ma veine ! J'ai encore eu du flair, choisir la seule queue qui n'avancera pas, le papy va mettre un temps fou pour trouver son porte-monnaie ! Salauds de vieux. H oui.Mais les vieux vous emmerdent.Logique.Jacky retint son souffle et adressa une rapide prire au dieu des athes - ouf. Le concierge les regardait sans les voir ; deux fossiles de plus ou de moins dans une maison de retraite, est-ce que a se remarque ?

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