Littérature générale

  • Le carnet XXVII correspond à une période difficile sur un plan personnel, durant laquelle, malgré tout, l'oeuvre du romancier s'affirme. La Rue profonde et L'Avenue viennent d'être publiés, La Plage de Scheveningen s'achève... En même temps qu'un journal, ce texte est une leçon sur l'usage du journal.

  • Les lecteurs de Siloé se souviennent peut-être de Pondorge et de sa conférence. Ils ont dans le présent texte le modèle vivant : Pigillet. Il s'agit des notes prises sur le vif à la veille, pour ainsi dire, d'un grand événement ; avec le désir de ne rien omettre : atmosphère, attente, préparation, camaraderie, entraide, au sens le plus fort de ces mots. Lecteurs actuels, si nous n'entendons pas ladite conférence, nous vivons l'angoisse, la grandeur, l'humilité de Pigillet - et sa détresse soudaine quand il croit « avoir démérité ».

  • Le Tassili, Petra, le Ténéré, Tombouctou. Scènes du quotidien peintes sur la roche; temples creusés dans l'aplomb des parois; tambour du désert; ville de pierre envahie par le sable et que l'eau n'atteint plus. Dans tous ces lieux, et même au bord du fleuve où l'homme se survit dans le dénuement de presque tout, l'esprit est affronté à la pensée du vide...

  • Cette journée du cinq octobre 1949 semble traversée par une ligne de beauté et de grâce dans le vingt-sixième carnet de Paul Gadenne, elle est un de ces moments de forte unité où les contraires paraissent conciliables, où tout paraît plus présent à l'esprit que d'ordinaire, même l'événement le plus banal, où tout se trouve placé à une distance juste, où il semble que l'on comprenne tout des autres et de soi-même, où l'on est habité par cet humour qui nous fait accepter les êtres tels qu'ils sont ; - une acuité inhabituelle nous rend étrangement lucide, nous dévoile des vérités que nous n'avions pas jusqu'alors saisies, nous révèle à nous-même ce que nous avons à faire, ce que nous avons fait sans le savoir vraiment, ce que nous sommes. Ce jour-là tous les mots sont importants, tout un univers se cristallise, et l'on se sent justifié d'avoir écrit, peut-être même d'avoir vécu.

  • Un des carnets de Gadenne, qu'il écrivait pour lui-même, pour fixer le présent.

  • Analyse minutieuse des sentiments ou des impressions, besoin inné de décrire qui, progressivement, plongent le lecteur dans un climat d'obsession. Récit inachevé.

  • « Le temps - auquel j'ai plus qu'autre gallé - quand on y pense, le temps qu'en folie on dépense, le temps s'en va, le temps s'en va, Madame, et chasse nos jours sans espoir de retour. » « Y se perdió aquel tiempo que yo perdi ? » « But at my back I always hear time's wingèd chariot hurrying near. Time past and time future, what might have been and what has been point to one end, which is always present... » Sous le rêve de chaque parole n'y a-t-il pas toujours le temps qui court ? Villon, Musset, Ronsard et Du Bellay, Jorge Guillén, Eliot et Marvell ou bien Tzara, n'y aurait-il qu'un seul thème en littérature : Est-il perdu le temps que j'ai perdu et qui s'approche d'une seule fin toujours présente ? Translations, déplacements des problèmes d'une langue à l'autre, d'un lieu à l'autre : on se déplace dans le blanc du papier comme dans l'inanité affairée des aéroports et des gares. C'est l'espace-temps. Lentement la voix s'enroue de tous les mots que l'on n'a pas dits et les doigts s'engourdissent des gestes que l'on n'a pas su faire. On est timide, orgueilleux et, en fait, indifférent, sans générosité. Et puis, toujours, dans un monde où ceux qui n'ont que les opinions des autres sont à peine moins dangereux que ceux qui sont sûrs d'avoir raison, l'incertitude. Tout de même, je trace des lettres, je me dépêche. Bah, tout n'est pas si noir. S.F.

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