Éditions Nota bene

  • Le droit de propriété se trouve constamment au coeur des mutations historiques du capitalisme. Accompa¬gnant l'avènement de la modernité politique, il stimule et structure la révolution capitaliste, car il porte en lui une logique de libération : l'indifférenciation normative. Il forme ensuite la pierre angulaire de l'avènement du capitalisme avancé, lorsque son expansion devient l'affaire des personnes morales et de leur efficacité organisationnelle plutôt que des individus et de leur liberté. Aujourd'hui, il est lié aux nouvelles modalités d'accès caractérisant le capitalisme financier et il est partie prenante, par le biais des droits de propriété intellectuelle et des brevets, d'une mutation qui affecte notre conception du vivant et de la vie. Plus radicalement, il accomplit son processus d'abstraction dans la foulée de la spéculation autoréférentielle de la valeur. Nous permet-il donc de penser réellement, comme au temps de Marx et des « origines du capitalisme », les bouleversements majeurs touchant les rapports de disposition et d'appropriation, les dynamiques de valorisation et d'accumulation, et la domination qu'ils entraînent ? Mais surtout, ces rapports continuent-ils d'être aussi structurants sociétalement qu'ils l'étaient alors ?

  • Comment, en l'espace d'un siècle, l'industrie funéraire et celui qu'on appelait jusqu'à encore tout récemment le croque-mort ont-ils pu détourner la route traditionnelle des morts ? Quelles conditions sociohistoriques ont permis à la sphère marchande de cohabiter, sous le même toit, avec celle du sens? Ces questions, hier impensables, brûlent aujourd'hui d'actualité. L'Église est de plus en plus concurrencée par de grandes multinationales dans la prise en charge de la mort. À l'ancien croque-mort, préposé au traitement du corps, a succédé le thanatologue-thanatopracteur, fournisseur de services intégrés et metteur en scène de rituels sur mesure. Dans la chapelle multiculte de l'entreprise, le prêtre n'est plus que le « commis à la section spirituelle ».

    L'autorisation de la crémation et l'ouverture à la parole laïque dans le rituel catholique ont pavé la voie à un vaste mouvement d'individualisation de la mort, où s'expriment toutes sortes de cosmologies et où la détresse des survivants est assumée par des rites anémiques, qui ne relèvent plus de la mobilisation d'une culture, mais d'un savoir-faire managérial.

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