Karthala

  • Quelle est la vie des voitures une fois qu'elles sont revendues sur le marché de l'occasion ? Bien plus souvent qu'on ne le pense, ces véhicules en connaissent une seconde en partant pour l'Afrique.
    Un important marché de la récupération s'est mis en place en Europe, au Japon et aux États-Unis repérant les véhicules les mieux adaptés au marché africain, les rassemblant sur différentes places marchandes, puis organisant leur transport vers les grands ports du continent africain. Cette activité commerciale reste peu connue, alors même qu'elle mobilise des réseaux complexes ancrés dans la diaspora, qu'elle implique un transfert important de capitaux de l'Afrique vers le monde occidental, et qu'elle organise la circulation de centaines de milliers de véhicules chaque année. Cet ouvrage vous invite à une plongée dans cet univers. Les différents ressorts de l'activité sont mis en évidence à partir de la filière : Bruxelles-Cotonou, l'une des plus importantes routes connectant l'Europe au Bénin.
    Historiquement, ce pays a joué un rôle moteur dans la réexportation de marchandises à l'échelle de l'Afrique de l'Ouest au point d'être considéré comme un véritable « État-entrepôt ». Cette situation a été d'autant plus renforcée grâce à la présence de son voisin, le Nigeria. Ces deux pays entretiennent des relations économiques complexes jouant à la fois sur la politique protectionniste du Nigeria et un relatif laissez-faire dans les échanges transfrontaliers. La Belgique, quant à elle, s'est progressivement positionnée comme la plaque tournante du commerce d'exportation de véhicules d'occasion en Europe. Cette position est certes due à la présence du port d'Anvers, mais aussi à la transformation d'un quartier du centre de Bruxelles en un véritable marché géant de l'occasion centralisant des véhicules en provenance de toute l'Europe.
    Cet ouvrage nous invite à suivre le trajet de ces voitures de l'Europe jusqu'à l'Afrique, et soulève de nombreuses interrogations en termes écologiques, économiques et politiques, donnant ainsi à voir une autre dimension de la mondialisation économique.
    Martin Rosenfeld est docteur en anthropologie sociale et ethnologie de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales et en sciences politiques et sociales de l'Université Libre de Bruxelles. Après avoir travaillé deux ans au African Studies Centre de l'Université d'Oxford, il poursuit actuellement ses recherches sur le commerce transfrontalier et les économies de la récupération en tant que chargé de Recherches auprès du FNRS.

  • La croissance et le développement de l'Afrique subsaharienne constituent un véritable mythe : ils sont évoqués dans tous les discours, mais tardent à se concrétiser. L'évidente contradiction entre les objectifs volontaristes affichés par les pouvoirs publics africains et la faiblesse des moyens dont ils se dotent conduit à s'interroger sur les ressorts de ce paradoxe et à mobiliser comme facteur explicatif l'extraversion qui caractérise les liens qu'entretient l'Afrique avec le reste du monde, en particulier les liens économiques.
    Vu de loin, le comportement des pouvoirs publics africains paraît incohérent et parfois suicidaire, en tout cas en contradiction avec les impératifs du développement. A y regarder de plus près, ce comportement semble toutefois parfaitement rationnel pour des individus dont la principale préoccupation est, au mieux, de s'adapter à un contexte décisionnel fluctuant et, au pire, d'instrumentaliser les contraintes externes pour s'octroyer une légitimité interne d'autant plus impérative qu'elle peut rarement s'appuyer sur des élections libres et transparentes. Il en résulte un jeu permanent entre les individus et les institutions dont l'issue est incertaine.
    Cet ouvrage s'attache à démontrer que l'improvisation, tendance lourde du pilotage des économies africaines, est la réponse des pouvoirs publics africains à des événements perçus comme aléatoires. L'absence de maîtrise des instruments de souveraineté économique (la monnaie, le budget) se traduit concrètement par une obligation de réagir au lieu d'agir. Après avoir mis en évidence la faible efficacité des politiques économiques menées sur le continent africain, cet ouvrage entend ainsi expliquer une partie de l'échec des politiques suivies, résultat pour l'essentiel de l'incertitude et de l'extraversion de la gouvernance en Afrique subsaharienne.
    Kako Nubukpo est, depuis 2010, chef du Pôle "Analyse économique et recherche" de la Commission de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) à Ouagadougou. Ses travaux portent sur l'efficacité des politiques macroéconomiques dans l'UEMOA, en particulier sur la politique monétaire, le développement de la filière coton en Afrique et l'impact du risque et de l'incertitude sur les performances des économies africaines.

  • La montée en puissance de la présence chinoise en Afrique a autant suscité d'analyses qu'elle a éveillé de fantasmes dans les pays du Nord. Cette présence est pourtant ancienne. On se souvient, dans les années 1960 et 1970, des « coopérants » chinois, pieds nus dans les rizières de Casamance, des médecins acupuncteurs dans les quartiers populaires de Lagos ou des ouvriers-bâtisseurs du Palais du Peuple de Kinshasa, du mausolée de Kwame Nkrumah à Accra et des Maisons de la culture dans plusieurs capitales, fiers symboles des Indépendances.
    La Chine est en Afrique depuis longtemps, mais il faut admettre que les chiffres de la dernière décennie sont imposants ; les échanges entre le continent africain et ce pays ont été multipliés par douze. En 2010, pour la première fois, la Chine a dépassé les États-Unis, devenant le principal partenaire commercial bilatéral de l'Afrique.
    Le symbole le plus remarquable de l'engagement chinois restera pour longtemps la construction, pour un montant de 200 millions de dollars, du siège de la Commission de l'Union africaine, un édifice de 30 étages de verre et d'acier, réalisé dans un délai de trois ans avec 500 bureaux et 3 salles de conférence totalement équipés.
    L'impact réel de l'expansion chinoise sur le développement africain reste encore incertain. La Chine n'échappe pas aux critiques sur la structure de ses échanges qui, loin de favoriser l'essor d'une industrie locale et ses retombées en termes d'emploi, de transfert de technologies et de réduction de la pauvreté, tend à conforter l'enfermement des économies africaines dans une spécialisation appauvrissante. La question qui se pose aujourd'hui est la suivante : comment la Chine, qui a capté la production industrielle de masse, pourrait-elle accompagner les pays africains à s'engager sur la voie classique « évolutionniste » qu'elle préconise, allant de l'agriculture à l'industrie, puis aux activités de services ?

  • La démocratisation du Bénin s'est avérée un processus complexe, ambigu, avançant volontiers "à pas de caméléon" à l'instar de Mathieu Kérékou, l'ancien autocrate revenu au pouvoir par la voie des urnes. Soulignant les paradoxes de la consolidation du pluralisme, cet ouvrage montre comment les citoyens apprivoisent les institutions et les valeurs de la démocratie et comment celles-ci produisent en retour des boulversements notables dans les pratiques et les imaginaires politiques. Au delà du cas béninois ou africain, ce livre traite ainsi de la diffusion et de la réinvention de la démocratie dans des sociétés qui sont, à tort, réputées lui être rétives.

  • Un quart de siècle s'est écoulé depuis les « transitions démocratiques » qui, au début des années 1990, ont ramené le pluralisme politique et médiatique en Afrique subsaharienne. Libéralisé, le champ des médias a connu des transformations spectaculaires, avec l'apparition de milliers de journaux privés, puis de centaines de stations de radio et de télévision. Plus récemment, l'arrivée du téléphone portable et le développement d'Internet ont contribué à bousculer davantage la circulation de l'information. Et le mouvement des « révolutions arabes » a entraîné des mutations dans un certain nombre de pays du nord du continent.
    Cet ouvrage propose un ensemble de réflexions sur ces vingt-cinq années de liberté médiatique en Afrique francophone. Rédigées par une quinzaine de spécialistes, universitaires, chercheurs, journalistes ou acteurs du développement des médias, les différentes contributions portent sur des sujets variés : la presse écrite, la radio communautaire, les technologies numériques, les médias internationaux, le rôle des médias dans les confits, les processus de paix et les mouvements de contestation politique, les instances de régulation de la communication, la professionnalisation des journalistes...
    Dans la diversité des objets, des approches et des styles, le livre reflète l'ouverture qui caractérisait la personne à laquelle il est dédié : Françoise Havelange, qui fut, pendant plus de vingt ans, l'âme et la force motrice de l'Institut Panos Paris. Ces témoignages et réflexions permettent de poursuivre les discussions entamées avec Françoise, disparue en 2012.
    Marie-Soleil Frère, Maître de recherche au Fonds national de la Recherche scientifique et Professeur de journalisme à l'Université libre de Bruxelles. Menant des recherches sur les médias d'Afrique subsaharienne, elle a été, de 2004 à 2012, experte associée à l'Institut Panos Paris. Ont contribué à ce recueil : Aziza Bangwene, Larbi Chouikha, Renaud de la Brosse, Johan Deflander, Birgitte Jallov, Roland Huguenin-Benjamin, Tidiane Kassé, Jean-Paul Marthoz, Pierre Martinot, Tristan Mattelart, François Pascal Mbumba Mpanzu, Cyprien Ndikumana, Thierry Perret, Diana Senghor.

  • Si l'histoire de l'aide au développement repose désormais sur de nombreuses analyses, celle de ses modes opératoires reste moins connue. Après avoir consacré un ouvrage à l'Agence française de développement en Côte d'Ivoire, François Pacquement s'intéresse à sa filiale Proparco.
    Ce livre montre comment s'est construite son activité de promotion du secteur privé, aux confins de l'aide au développement, avec une gouvernance unique associant partenaires publics et privés, du Nord comme du Sud. D'abord consacrée à l'Afrique, cette institution déploie progressivement ses financements en faveur d'un nombre croissant de pays et de domaines d'intervention.
    Jouant de multiples effets de levier, Proparco est aujourd'hui au coeur de transformations internationales pour faire face aux défis du développement durable et de la lutte contre le dérèglement climatique. Cet ouvrage renouvelle ainsi la compréhension du rôle du secteur privé dans le développement.
    Chargé de mission Histoire et Réflexion stratégique à l'Agence française de développement, François Pacquement a servi l'aide au développement tant au siège que sur le terrain, ainsi qu'à la Commission européenne, au Trésor et aux Affaires étrangères. Il est membre titulaire de l'Académie des sciences d'outre-mer.

  • Cet ouvrage porte sur l'approche du développement de compétences et ses effets sur des groupes défavorisés en Inde. Il prend comme cas d'étude des jeunes entre 15 et 29 ans, anciens enfants des rues, soutenus par des ONG locales dans la mégapole de Calcutta. Il s'intéresse aux opportunités d'insertion socioprofessionnelle de ces jeunes à travers une étude de terrain à Calcutta. L'analyse tient compte de leurs trajectoires socio-éducatives, des pratiques des ONG en matière de développement de compétences et des réseaux sociaux mobilisés dans le but de leur insertion, ainsi que des politiques de développement de compétences du gouvernement.
    Les résultats obtenus mettent en perspective les limites et les possibilités de changement social pour des jeunes provenant de milieux défavorisés. Ces résultats sont confrontés à un groupe de jeunes habitants des bidonvilles de Calcutta également soutenus par des ONG locales afin de tester leur validité. La comparaison entre ces deux groupes met en lumière une articulation possible entre deux dimensions théoriques apparemment opposées : la théorie de la reproduction sociale et l'approche des réseaux sociaux.

  • La relation entre mondialisation et développement pose la question de la soutenabilité dans un contexte historique d'ouverture accrue des économies en développement et de libéralisation des flux de facteurs de production.
    L'environnement économique récent a fait naître des inquiétudes sur les bienfaits supposés de l'internationalisation des économies. Le ralentissement des grandes économies émergentes et les doutes exprimés sur les effets des programmes économiques à orientation libérale conduisent à une réflexion sur la conception des politiques de développement.
    La signature, fin 2015, du premier accord mondial à la Conférence des Nations Unies sur le climat (COP 21 à Paris) a marqué l'engagement des économies du Sud, tant l'insoutenabilité du modèle de croissance de ces dernières décennies devient de plus en plus évidente.
    Trois grandes thématiques sont présentes dans cet ouvrage qui s'inscrit dans le débat contemporain sur la soutenabilité d'un développement mondialisé :
    - Peut-on dire que nous allons vers une mondialisation durable ?
    - Quelles illustrations des convergences et divergences dans la mondialisation ?
    - Quelle problématique pour la soutenabilité sociale du développement ?

  • Le lieu n'est pas mort ! Bien au contraire, il reste au coeur de l'expérience quotidienne (ou exceptionnelle) de tout un chacun. La mondialisation ne l'a en rien vidé de sa substance. En ce début de XXIe, elle le réactive et le met en mouvement. Flux, trajectoires, accélérations, massifications en sont des variables, des enjeux et des catégories d'analyses clés que cet ouvrage fait le pari d'explorer. Résolument interdisciplinaire, il choisit d'aborder les lieux au prisme des mobilités pour poser les jalons de ce que sont aujourd'hui les « lieux de mobilité ». Ce faisant, il réactualise la réflexion entreprise par les géographes anglosaxons à partir des années 1980 sur le sense of place en s'inscrivant dans celle des chercheurs français sur la question des ambiances et sur ce qui, dans un espace et une situation donnés, fait ou peut faire lieu.
    À travers sept approches différentes, il montre comment la notion de lieu - irréductible à celles d'espace ou de territoire - est prise dans une série cumulative de tensions : entre matériel et symbolique, subjectif et objectif, individuel et collectif. Il en décline la diversité des situations, des acteurs, mais aussi des politiques, stratégies et répertoires d'actions impliqués dans les processus de production des lieux.
    Fruit de plusieurs disciplines et terrains, l'originalité de l'ouvrage est de ne pas réduire la polysémie de la notion et de centrer son analyse sur les ambiguïtés qui le composent : il signifie ainsi qu'il ne peut y avoir de lieu absolu, mais uniquement des configurations inscrites dans des logiques plurielles relevant à la fois de l'ancrage, de la relation et du mouvement. Un lieu n'est pas un tableau, figé ou définitif, c'est une scène.
    Le lieu comme scène ou configuration lie la mobilité des personnes (circulation physique et trajectoire de vie) et la mobilité des lieux, qu'elle soit là aussi déplacement littéral ou transformation du « sens ». C'est ainsi le rôle du lieu dans les trajectoires de mobilité qui est ici mis en avant de manière transversale. Prend alors forme une réflexion contemporaine sur les temporalités comme nouvelle grille de lecture du croisement entre « lieu » et « mobilité ».
    Céline Barrère, sociologue et urbaniste, est maître-assistante en SHS à l'École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille. Elle est chercheure au LACTH (Laboratoire Conception/Territoire/Histoire) et associée au Centre de recherche sur l'habitat CRH-LAVUE UMR7218 (Laboratoire Architecture, Ville, urbanisme, Environnement).
    Caroline Rozenholc est géographe, maître-assistante associée à l'École nationale supérieure d'architecture Paris-Val de Seine et à l'École nationale supérieure d'architecture Paris-La Villette et chercheure au Centre de recherche sur l'habitat (CRH-LAVUE).
    Ont également contribué à cet ouvrage : Pierre-Louis Ballot, Davia Benedetti, France Guérin-Pace, Ninon Huerta, Christophe Imbert, Marion Kameneff, Martin Minost, Marc-Antoine Morier, Emma-Sophie Mouret, Pierre-Yves Trouillet.

  • Haïti paraît inextricablement noué à l'aide internationale, dont les montants et les effectifs enflent à mesure des années. Le terrible séisme de 2010 a conforté, parfois décuplé, des tendances qui étaient déjà perceptibles auparavant. Les acteurs humanitaires y ont notamment connu un essor sans précédent, l'urgence semblant prendre le pas sur les visions de plus long terme.

    Cet ouvrage retrace l'histoire d'un bailleur de fonds intermédiaire en Haïti, l'Agence française de développement (AFD), de 1975 à nos jours. Il dévoile les ressorts du financement du développement, en prenant appui sur des archives internes et des témoignages. Il vise à interroger la politique d'aide au plus près des personnes qui la mettent en oeuvre, à partir de l'un de ses « terrains ».

    Pays évidemment singulier, Haïti apparaît comme un cas symptomatique des limites de l'aide au développement, redoublées d'obstacles spécifiques. En découle un sentiment de fatalité diffus, qu'il convient de remettre en question. Dans sa démarche historique, ce livre s'attache à révéler les termes d'une étrange hybridation entre engagement et déception, volonté d'agir et sentiment d'impuissance. Il laisse entrevoir les perspectives qui se dégagent des défis surmontés autant que des failles et des forces de la coopération avec Haïti.

  • Coédition Karthala - IRD.

    Une bonne nutrition est un catalyseur essentiel de l'atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) ; réciproquement, progresser vers nombre de ces objectifs permet de s'attaquer aux diverses causes des malnutritions. Mais qu'est-ce qu'une bonne nutrition ? Comment peut-on améliorer les situations nutritionnelles ? Quels sont les défis d'aujourd'hui ?

    Cet ouvrage retrace l'évolution de la nutrition dans le monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'à son inscription dans les ODD. Qu'il s'agisse de l'insécurité alimentaire ou des différentes formes de malnutrition, il présente les progrès accomplis à la suite de l'avancement des connaissances, des prises de conscience politiques et de l'amélioration de la gouvernance mondiale dans le domaine, tout en constatant leurs limites actuelles.

    Dans le cadre de la Décennie d'action des Nations unies pour la nutrition (2016-2025), les auteurs s'interrogent sur les nouveaux défis que posent à la communauté internationale la croissance continue de la population, l'émergence massive de l'obésité ou la nécessité d'inscrire les changements à venir dans la perspective de systèmes alimentaires sains et durables.

  • Avant de dire que l'Afrique est en panne, ou mal partie, ne convient-il pas d'observer l'action des Africains qui, en faisant appel aux ressources de leur propre civilisation, dessinent les trajectoires locales du politique, les modes d'accumulation, le profil des entreprises africaines de demain et leur mode de gestion ?
    Atchul est une tare qui consiste en une dilapidation inexplicable de nourriture, de biens matériels, de richesse. Cest le mal qui affecte les individus qui ne peuvent rien accumuler, ni rien garder dans leus mains. Un homme ne peut pas faire d'affaires s'il est affecté d'atchul. Un entrepreneur est comme un notable ; c'est une tirelire vitale, qui retient l'argent, les épouses, la progéniture, les maisons, les terres. Il ne dilapide rien.
    Jean-Pierre Warnier a étudié l'anthropologie à l'Université de Pennsylvanie (Philadelphie) et à Pairs X-Nanterre. Il a séjourné plus de dix ans au Cameroun, alternant recherche et enseignement sur une période de plus de vingt ans. Ses travaux portent sur l'histoire socio-économique des sociétés hiérarchiques de l'Ouest camerounais au cours des trois derniers siècles. Depuis 1985, il est professeur d'anthropologie à l'Université René Descartes (Sorbonne).

  • Si aujourd'hui l'Afrique sahélienne passe pour être l'une des régions les plus pauvres du monde, tel n'a pas toujours été le cas. Jusque dans les années 30, il n'est pas question d'évaluer les conditions de vie de populations africaines à l'aune de normes universelles. Il y a alors, entre les sociétés colonisées et celles qui ne le sont pas, une barrière d'incommensurabilité qui se pose dans des termes raciaux : Blancs et Noirs ne sauraient avoir les mêmes besoins biologiques ni les mêmes aspirations sociales. C'est le délitement progressif de cette barrière dont ce livre s'attache à retracer l'histoire, au Burkina Faso, au Mali et au Niger, de la fin de la période coloniale à la grande famine des années 1970.
    Vincent Bonnecase est chercheur au CNRS, membre du laboratoire "Les Afriques dans le monde" (Bordeaux). Après avoir travaillé sur l'histoire de la pauvreté au Sahel, il consacre désormais ses recherches aux mobilisations sociales face à la faim dans l'Afrique contemporaine.

  • Depuis quelques années, l'Asie du Sud-Est est touchée, à son tour, par le phénomène de « commercialisation du religieux » (religious commodification). On y constate l'apparition de prédicateurs qui font l'éloge de la richesse pieuse, de banques islamiques, mais aussi d'entreprises déclarant fonctionner selon les principes éthiques du Coran, ou encore de complexes immobiliers où port du voile et prière commune sont de rigueur. Cette nouvelle confluence des champs économique et religieux insuffle une dynamique inédite au débat fondateur initié par L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme de Max Weber au début du XXe siècle.
    L'Indonésie, le plus grand pays musulman au monde par sa population, est l'un des principaux lieux de cette effervescence spirituelle initiée par l'avènement d'une nouvelle classe moyenne musulmane. Le cas de l'archipel est d'autant plus intéressant qu'il s'articule autour de la rivalité historique entre les hommes d'affaires indigènes (pribumi) et les entrepreneurs de la minorité sino-indonésienne, parmi lesquels nombreux sont les convertis au protestantisme évangélique. Dans le cas des communautés diasporiques chinoises, il a été suggéré que la structure familiale, la solidarité ethnique, les croyances culturelles et religieuses peuvent constituer un avantage dans le processus de développement économique. La question est alors de savoir si l'islam représente également un capital spirituel et social sur lequel l'entrepreneur musulman peut se reposer.
    Cet ouvrage se concentre sur deux objets d'étude : d'une part, la Muhammadiyah, la grande organisation de l'islam réformiste, créée en 1912 et comportant plusieurs millions de membres et de sympathisants, qui a tenté d'adjoindre à ses fondations caritatives une dimension lucrative à partir des années 1990 ; d'autre part, les réseaux d'entrepreneurs de la prédication qui représentent le plus clairement l'orientation économique adoptée récemment par l'Islam indonésien. Pour déterminer comment s'effectue cette « greffe » du capitalisme, l'auteur s'appuie sur les outils proposés par la nouvelle sociologie économique, adoptant une approche à la fois culturaliste et structuraliste du développement. Il décrit ainsi comment s'opère le processus de négociation constante qui aboutit à l'élaboration d'une « économie morale » (moral economy) au sein du monde musulman.
    Ce livre a obtenu le prix Jeanne Cuisinier 2011.

  • L'institution phare de la finance islamique - la banque sans intérêt - interroge, intrigue et fascine tant le grand public que le milieu de la recherche. Mais s'il est partout bien question de finance islamique, rares sont les sources francophones de première main disponibles sur le sujet. De ce constat troublant nait le projet de traduire de l'arabe vers le français le traité du fameux auteur et clerc irakien Muhammad Baqir al-Sadr (1931-1980) : La banque sans intérêt en Islam (1972). Cet ouvrage est longtemps resté inédit et inaccessible aux milieux académiques européens. C'est ce vide qui est ici comblé afin de consolider les futures recherches entreprises dans ce domaine.
    Rédigée initialement sur une commande du ministère koweïtien des Biens de mainmorte, l'importance de cette étude ne tient pas uniquement au succès rencontré par sa publication à partir des années 1970 dans le monde arabe et au-delà ; il s'agit surtout d'une brillante illustration technique de la méthode heuristique élaborée par al-Sadr afin de garantir à la réflexion islamique une authenticité questionnée par le tragique tiraillement entre la norme islamique et la réalité économique contemporaine. Mû par l'exigence d'un compromis de civilisation, le modèle bancaire proposé par al-Sadr assume pleinement tant le rôle de la pratique coutumière (`urf) et les conditions imposées par le système bancaire conventionnel que la stricte discipline du fiqh musulman. L'auteur concède en outre que la réponse à l'épineux défi posé par l'intérêt bancaire doit se réfléchir différemment selon que l'on considère une simple entité commerciale ou un système bancaire dans son ensemble.
    Pour toutes ces raisons, cet ouvrage aujourd'hui rendu accessible au lecteur francophone est une incontournable référence en matière de finance islamique.
    Le texte de la traduction est précédé et agrémenté d'une savante préface du professeur et juriste libanais Chibli Mallat, complétant l'introduction critique rédigée par le traducteur Julien Pélissier.
    Muhammad Baqir al-Sadr irakien né vers 1931 dans une grande famille chiite de Najaf. Juriste marja al-taqlid et enseignant reconnu de la Hawza de Najaf dans les années 1970, il a écrit, entre autres, Notre Economie, Les grandes lignes de l'économie islamique, Notre philosophie ou La Banque sans intérêt en Islam. Assassiné en 1980 par le régime bassiste, al-Sadr a fortement marqué toute une génération de penseurs et de religieux jusqu'à aujourd'hui.
    Julien Pélissier est un chercheur et traducteur français. Il a notamment soutenu une thèse à l'Université de Toulouse sur la méthodologie employée par Muhammad Baqir al- Sadr dans son ouvrage Notre Economie. Il a été chercheur postdoctoral au sein du programme de recherche WAFAW à l'Iremam d'Aix-en-Provence (CNRS). Il est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, de l'Institut français du pétrole et de l'Université de Lorraine. Il est persanophone et arabophone.

  • À l'heure où la crise grecque relance la réflexion sur les formes alternatives de la monnaie et de la financiarisation et remet en mémoire le précédent de l'Argentine, cette ethnographie du trueque vient à point nommé. Elle pose la question du pluralisme monétaire, de la diversité de ses institutions et de ses pratiques.

  • Les arts de la citoyenneté au Sénégal est un ouvrage original qui examine des trajectoires urbaines dans le Sénégal contemporain et met à l'épreuve des perspectives inédites, qui portent une attention spécifique à la question de l'esthétique urbaine. Il aborde les politiques et stratégies déployées par les principaux acteurs et les manières dont ils rêvent la ville idéale, à partir des sites singuliers qu'ils occupent et des pouvoirs qu'ils détiennent.
    L'analyse privilégie les figures esthétiques, iconographiques, musicales et kinésiques des expressions citoyennes, des modes d'(auto)représentation et des parcours complexes de subjectivation individuelle et collective, alimentés principalement par des ressources urbaines. Cette lecture attentive des mutations sociales, politiques, économiques et culturelles des villes sénégalaises intervient très activement dans les débats théoriques et empiriques sur les études urbaines, en y incorporant des situations africaines souvent absentes de la littérature universitaire sur les villes.
    L'originalité des contributions de ce livre sur Les arts de la citoyenneté au Sénégal est de suivre à la trace les contingences, stratégies, innovations culturelles, mais aussi les recompositions sociales et spatiales qui réorganisent les ressources locales et globales, disponibles ou imaginées, pour les mettre au service de formes inédites de mobilisation et d'action politiques. Ces reconfigurations renouvellent les formules de civilité urbaine et citoyenne dont les expressions les plus significatives prennent des contours et des lignes artistiques. La juxtaposition de plusieurs échelles, géographique, locale et globale, rurale et urbaine, ouvre des perspectives novatrices aux études des régimes de civilité et de leurs pratiques ainsi qu'aux langages qui redéfinissent les cultures et communautés urbaines. Cet ouvrage constitue à ce titre une contribution majeure à la littérature sur les villes africaines.
    Mamadou Diouf est professeur d'Histoire et d'Études africaines. Il occupe la chaire Leitner Family d'Études africaines et dirige l'Institut d'Études africaines de l'université Columbia à New York (États-Unis).
    Rosalind Fredericks est assistante au Gallatin School of Individualized Study à l'université de New York à New York (États-Unis).

  • Malgré un accroissement de l'aide publique internationale, malgré la multiplication des initiatives pour aider le Sahel, malgré les efforts des Sahéliens enx-mêmes, la situation de la région ne s'améliore guère. L'expérience de ces dernières années montre même qu'elle est toujourd aussi vulnérable aux alés climatiques et aussi dépendante de l'aide alimentaire. Les terres agricoles et les pâturages se dégradent, la forêt disparaît : le Sahel mange son capital naturel.
    A ces problèmes qui ne datent pas d'hier sont venues s'ajouter d'autres difficultés, inconnues ou encore peu apparentes il y a dix ans : endettement extérieur croissant, déséquilibres finnaciers rendant nécessaires des "ajustements structurels", croissance démographique sans rapport avec celle des moyens de production...
    Devant cette situation, les responsables engagés dans la conception se posent des questions. Faut-il changer de politique ? Est-il meêm possible d'en changer ? Les uns et les autres ressentent le besoin de mettre les cartes à plat et de renouveler l'analyse et la réflexion. Regarder l'avenir, c'est déjà le construire.
    C'est une telle démarche prospective qu'a entreprise jacques Giri, en s'appuyant sur les travaux d'une équipe pluridisciplinaire. Il cherche à montrer, dans ce livre, quels sont les avenirs possibles pour les sociétés sahéliennes, puis à comprendre à quelles conditions l'un de ces avenirs pourrait, plutôt qu'un autre, se réaliser au cours des vingt-cinq prochaines années. Et, par cet essai de compréhension, il cherche à être utile à l'action.
    Jacques Giri, polytechnicien et ingénieur des Mines, suit depuis une trentaine d'années les affaires africaines et en particulier l'évolution du Sahel.

  • Mais la découverte de ces formes d'accumulation a conduit maints experts -en particulier de la Banque mondiale- à surestimer l'opposition entre l'Etat et la société, et à imputer à la seule corruption des classes politiques ou au dirigisme étatique la crise économique. A partir du cas du Cameroun, cet ouvrage montre que les choses sont plus complexes et ambiguës. Les processus "informels" d'accumulation, bien bien loin de représenter un "autre sentier" qui mènerait au développement, sont en réalité étroitement imbriqués aux circuits de l'Etat.
    L'une des originalités de cet ouvrage est de souligner combien les variations régionales contribuent à compliquer les itinéraires d'accumulation et les procédures de chevauchement entre les positions publiques et positions privées d'enrichissement. Aucun pays d'Afrique, peut-être, ne se prête mieux à cette analyse que le Cameroun. Quelques-uns de ses meilleurs spécialistes se sont réunis pour préciser les multiples chemins qu'y emprunte l'argent et pour élargir le débat à l'échelle du continent.
    Peter Geschiere est président de l'Afrika-Studiecentrum de Leiden. Piet Konings est chercheur au même centre.
    Ont collaboré à cet ouvrage Jean-François Bayart, Willian Gervase Clarence-Smith, Cyprian Fonyuy Fisiy, Mitzi Goheen, Lisbet Holtedahl, Nantang Jua, Achille Mbembe, Dieudonné Miaffo, Michael Rowlands, José van Santen, Olivier Vallée et Jean-Pierre Warnier.

  • L'Afrique nous déconcerte : les récits tragiques remplissent les colonnes des quotidiiens, les politiques préconisées par les économistes, fussent-ils ceux du FMI et de la Banque Mondiale n'ont pas amené le développement attendu et pourtant l'Afrique vit, elle est plus jeune que jamais, elle change à vue d'oeil, elle est pleine d'initiatives nouvelles. Tout change et rien ne change.
    Depuis de longues années, Jacques Giri s'est penché sur le sort de l'Afrique sahélienne. Il a essayé de plonger dans son passé lointain pour mieux comprendre le Sahel d'aujourd'hui et ses blocages, découvrir pourquoi certains aspects des sociétés changent à une vitesse foudroyante alors que d'autres sont tels que les géographes arabes du XI siècle nous les ont décrits.
    Ce sont les résultats de cette plongée dans le mode de vie des sociétés sahéliennes d'avant la colonisation qu'il nous livre. Une plongée qui sera utile à tous ceux qui s'intéressent à la région et cherchent à comprendre afin de mieux agir.
    Jacques Giri, ancien polytechnicien et ingénieur des Mines, suit depuis une trentaine d'années les affaires africaines et en particulier l'évolution du Sahel.

  • Le " miracle " chinois suscite des commentaires dithyrambiques ou des inquiétudes en proportion. Mais la Chine ne se réduit pas à la croissance vertigineuse de Shanghai ou de Canton. Cette longue enquête de terrain à Shenvang, bastion industriel de l'ancienne économie socialiste, durement éprouvé par le passage 'a l'économie de marché, montre que la " transition chinoise " est faite de contrastes et de complexités. Les entreprises d'État restent au centre des réformes. Elles contribuent au développement du secteur privé tout en amortissant le choc des privatisations. Elles permettent à l'Etat de mettre en place une nouvelle couverture sociale et de renégocier son rôle d'arbitre des conflits du travail. Ces derniers sont légion : retards dans le paiement des salaires, faillites, manifestations ouvrières font partie du lot quotidien. En définitive la longue marche de la Chine vers l'économie de marché, qui a été officiellement instaurée pour cause d'entrée dans l'OMC, ne se ramène pas au désengagement de l'Etat. Celui-ci reste présent au cour d'une économie qui, en fait, demeure " socialiste de marché " en dépit de son nouvel affichage. Accordant une large place aux stratégies et aux représentations des acteurs eux-mêmes, cet ouvrage apporte un éclairage neuf et nuancé sur la nouvelle révolution chinoise, industrielle celle-ci, mais aussi lourde de conséquences sur notre monde que le fut la révolution communiste de 1949. Antoine Kernen est maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Lausanne et chargé de cours à l'Institut universitaire du développement à Genève. Il a consacré ses premiers travaux aux petits entrepreneurs privés. Il poursuit désormais sa sociologie économique de la " transition " chinoise eu étudiant le processus de privatisation et les entreprises d'Etat.

  • Plusieurs auteurs soutiennent que les flux commerciaux frontaliers (à l'instar des conflits) constituent une manière de nier les espaces nationaux et qu'ils contribuent à détruire le cadre des États. Pour ceux-là, le commerce transfrontalier menace clairement l'intégrité des territoires nationaux africains.
    L'examen de la structuration des espaces frontaliers permet de relativiser ce danger. Non seulement la plupart des espaces d'échanges frontaliers sont trop fugaces pour remettre en cause la mosaïque territoriale actuelle, mais ils portent en eux des éléments qui contribuent à renforcer la cohésion et l'unité des espaces nationaux. Voici ce que démontre cette passionnante enquête sur les acteurs, les flux et les pratiques du commerce frontalier en Afrique centrale.

  • De 1945 à nos jours, la région dite des Caraïbes (ou si l'on préfère de l'archipel des Antilles) et des Guyanes (Guyana, Suriname, Guyane française) a connu bien des mutations d'ordre politique (changement de statuts), économiques (déclin de l'économie de plantation, importance prise par le tourisme), social, culturel (affirmation ou recherche d'identité)... Elle a été aussi le théâtre d'événements qui ont eu parfois des répercussions internationales : crise des fusées (1962) et démêlés de la révolution cubaine avec les États-Unis, crise de la République dominicaine (1963-1965), difficile retour à la démocratie en Haïti après la longue dictature des Duvaliers, crise de la Grenade avec intervention du grand voisin du Nord , en 1983. À cette synthèse à la fois politique, économique et sociale s'est rajoutée une approche thématique, sous la forme de fiches concernant notamment les éruptions volcaniques récentes, les migrations, les subdivisions, les partis politiques.

  • La crise asiatique de 1997 a d'abord été le résultat de l'ouverture incontrôlée des marchés internationaux de capitaux, qui a abouti - au contraire de ce que promettaient ses zélateurs - à une allocation fort peu optimale des ressources financières mondiales. Mais elle a aussi révélé les limites de ce qu'on a appelé, de manière simplificatrice, le "modèle asiatique de développement" confronté aux exigences de la mondialisation de l'économie.

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