UPPR Editions

  • Souhaitant rompre avec l'agriculture intensive et industrielle, l'agriculture biologique veut s'inscrire dans une démarche de respect de la nature et de ses cycles. Son ambition affichée est, en assumant l'héritage des techniques agricoles traditionnelles, de préserver la biodiversité et les cycles biologiques des sols, en refusant d'utiliser les produits de synthèse. Les techniques modernes ne peuvent-elles pas résoudre des problèmes que l'agriculture traditionnelle est incapable de surmonter ? Mais à quel prix ?
    Alors que les publications sur l´agriculture biologique sont de plus en plus nombreuses, il est toujours aussi difficile de se forger une opinion à son sujet tant ces publications tendent à se répartir en deux catégories : celles qui la rejettent et celles qui en font l´apologie. Dans les premières, la bio est présentée comme un retour en arrière, une « agriculture du refus » qui serait bien incapable de nourrir le monde si elle sortait de la place marginale qu´elle occupe aujourd´hui. Dans les secondes, au contraire, elle représente la seule solution possible pour une agriculture et une alimentation mondiale durables. En considérant, pour les uns, qu´elle devra se contenter de satisfaire le marché de niche qui est le sien tant que durera l´effet de mode qui le porte aujourd´hui, et pour les autres qu´elle devra s´étendre, à terme, à l´ensemble de l´agriculture mondiale, ces deux positions éludent l´une comme l´autre une question pourtant centrale : quelle devra être la place de la bio dans l´agriculture du futur, en France comme dans le monde ?
    Dans ce livre dont la profondeur d'analyse n'a d'égale que la clarté, l'auteur met au jour les tenants et les aboutissants de cette pensée et des bénéfices réels de ses applications, mais aussi de leurs limites.

  • Extrait
    Introduction
    La ville et l’agriculture se sont durant des siècles installées sur des territoires distincts. Séparées par cet espace de transition qu’était la ceinture maraîchère, elles restaient éloignées l’une de l’autre par une distance géographique qu’accentuait la mauvaise qualité des voies de communication et aussi par une grande distance culturelle. Consécutivement, les spécialistes de l’agriculture, les agronomes, ne se sont guère intéressés à la ville, tandis que les spécialistes de la ville, les architectes et les urbanistes, ne se sont guère intéressés à ce qui se passait dans le monde agricole. Alors pourquoi vouloir rassembler en un même terme ces deux domaines qui semblent si étrangers l’un à l’autre ?
    C’est cette question que soulevait l’agronome André Fleury, en 2000, lorsqu’il proposait pour la première fois au monde scientifique d’adopter ce mot d’agriurbanisme pour qualifier ce qu’il définissait d’abord comme un nouveau champ de compétence réunissant les savoirs et savoir-faire de ces deux domaines. Car les villes dont nous héritons aujourd’hui ont connu depuis deux siècles des mutations profondes qui changent radicalement leur relation avec les espaces qui les entourent, et notamment ceux de l’agriculture. La cohabitation entre ces deux mondes se passe maintenant aux franges des villes en expansion dans des conditions qui peuvent aussi bien exacerber les tensions engendrées par des nuisances réciproques que construire, au contraire, de nouvelles relations bénéfiques à la ville comme à l’agriculture.
    C’est à construire ces nouvelles relations que se propose d’être utile l’agriurbanisme, en comprenant bien que le monde d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier et que les solutions à inventer doivent prendre leurs distances avec la nostalgie que l’on nourrit parfois envers un passé idéalisé d’autant plus facilement qu’on le connaît mal.
    La première partie de cet ouvrage reviendra donc en quelques pages sur cette longue histoire de l’agriculture et de la ville pour mieux mettre en relief la brutale accélération qu’elle a connue à partir du XIXe siècle, et mettre en évidence l’aspect inédit de la situation que l’on connaît aujourd’hui. La deuxième partie traitera des attentes que la société contemporaine porte maintenant sur les espaces agricoles, sur ce désir de « campagne » davantage définie par le regard des citadins que par la pratique de ceux qui y travaillent. Dans la troisième partie, enfin, on tentera d’esquisser quelques idées qui permettraient d’aménager cette interface entre les deux mondes d’une façon plus durable que cet étalement de plus en plus tentaculaire et émietté que connaissent les villes d’aujourd’hui.

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