FeniXX réédition numérique (Anthropos)

  • Le livre et la musique donnent de bons exemples de secteurs culturels qui connaissent à la fois crise et vitalité et sur lesquels une multiplicité d'approches est requise, de la plus quantitative à la plus ethnographique, pour discerner les logiques à l'oeuvre tant chez les professionnels que du côté des publics.

  • Le lancement de nouvelles chaînes de télévision accroît-il inéluctablement la gamme des choix du consommateur et par là même sa satisfaction ? Paradoxalement les enseignements de l'économie de la télévision anglo-saxonne - encore largement inconnus en France montrent que tant que les chaînes demeurent gratuites la multiplication de leur nombre conduit à une homogénéisation des programmes et non à la diversification tant attendue. Souvent invoquée en faveur des télévisions commerciales l'efficacité de la concurrence n'est guère démontrée dans le cas particulier d'une industrie caractérisée par des économies d'échelles. Bien collectif distribué par un service public et des firmes privées, la télévision questionne l'économie publique : l'allocation optimale des ressources peut-elle être exclusivement confiée au marché ? Quels doivent être les principes guidant l'oeuvre réglementaire de l'État ? Si le crible de l'investigation économique n'épuise pas l'étude du rôle de la télévision dans nos sociétés, il suggère en tout cas des conclusions souvent bien différentes du sens commun.

  • Qu'on soit deux dans un lit, dix autour d'une table, cent dans une réunion ou dix mille sur une place publique, c'est pareil : il y a ce qu'on veut, ce qu'on cherche à avoir. Il y a qui décide qui peut vouloir quoi. Et il y a ce qu'on dit. L'intérêt, le pouvoir, la communication, tels sont les plans où se jouent nos rapports aux autres. Les conflits d'intérêts et les luttes pour le pouvoir traversent ces rapports depuis toujours. La disqualification des mots, des moyens culturels utilisables pour traiter ces conflits et ces luttes, est un phénomène relativement récent. Carence essentielle, l'éclatement de nos représentations des faits, des autres, de nous-mêmes fixe nos différends et les rend irréductibles. Traiter le politique implique donc qu'on traite la communication. Mais la classe politique vit des malentendus qu'elle crée et entretient, et les thérapeutes de la communication rançonnent en silence ceux qui souffrent le plus de leurs effets. Établir la parente sociale de ces effets, montrer l'enracinement de la maladie de l'individu dans le « progrès » de sa société, telle a été la démarche de l'auteur.

  • L'information scientifique télévisuelle semble parfois accomplir le miracle de nous rendre clairs en quelques minutes les problèmes les plus ardus des sciences. Détiendrait-elle des clefs que l'enseignement n'a pas su trouver ? Cependant l'analyse d'émissions de vulgarisation scientifique télévisuelle montre que celle-ci, le plus souvent, ne nous fait pas cheminer de nos préjugés vers cet autre domaine qui est celui des sciences mais qu'elle nous laisse dans le monde même de ces préjugés auxquels elle ramène les savoirs. Il y a, en elle, rabattement de l'expérimentation scientifique sur le pragmatisme quotidien, de la connaissance exacte sur la perception, en particulier sur le « voir », du modèle objectif sur le modèle spectacularisé, du conceptuel sur le verbal, de l'objectif sur le quantitatif, etc.. Mais alors si cette « vulgarisation de masse » ne donne pas le savoir et fait prendre des vessies pour des lanternes, pourquoi existe-t-elle ? En fait, le rôle de vulgarisation scientifique télévisuelle est d'organisation sociale. L'illusion de la communication y sert la réalité de la gestion. Il ne s'agit pas seulement de tenter d'adapter les individus au mouvement des sciences et des techniques. Il s'agit, surtout, d'essayer d'accommoder leurs représentations, leurs attitudes, leurs comportements aux nécessités de l'organisation et de la gestion « scientifiques » de la société sous toutes leurs formes.

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