Les Éditions Québec Amérique

  • Fermetures de quotidiens et de magazines, changements radicaux dans les habitudes de consommation de l'information, pertes d'emplois massives ou détérioration des conditions de travail des journalistes, révolution numérique?: les médias traversent depuis dix ans une crise sans précédent. À tel point que le journalisme, longtemps considéré comme le plus beau métier du monde, risque même de disparaître. Quel est l'état actuel du journalisme?? Quel sera le visage des médias de demain?? Et, surtout, comment s'annonce l'avenir de ce métier dont la difficile et délicate tâche consiste à témoigner de la marche de l'humanité?? Vingt et un journalistes de métier et professeurs de journalisme - d'ici et d'ailleurs - ont accepté de se pencher sur ces questions. Certains d'entre eux dressent d'abord un bilan de santé de l'information journalistique en s'attardant sur quelques champs de couverture. D'autres se tournent ensuite vers le futur et réfléchissent à l'avenir de la profession. Dans la dernière partie de ce collectif, de jeunes journalistes livrent leur vision du métier. Le réputé professeur de journalisme Florian Sauvageau, président-­fondateur du Centre d'études sur les médias, signe le mot de la fin. Aucun des auteurs n'entend assister, impuissant, au dépérissement du plus beau métier du monde. Tel est le fil conducteur de ce livre. Tous contribuent à faire de cet ouvrage un vibrant plaidoyer pour la survie du journalisme.

  • La liberté de presse n'est pas le privilège du petit groupe des 4000 journalistes du Québec. Conquise de haute lutte, toujours fragile, elle est une liberté fondamentale de chaque citoyen. Elle est indispensable à la vie démocratique d'une société qui sait que pour corriger les problèmes, il faut d'abord les exposer au grand jour.
    La liberté de presse est la soeur jumelle de la liberté d'expression, celle-là même qui permet à chacun d'alimenter sa page Facebook et d'avoir accès à toute l'information qui circule. Dans notre droit, le journaliste et le citoyen sont une seule et même personne. Ils sont assujettis aux mêmes lois et ils jouissent des mêmes libertés.
    Le citoyen doit défendre la liberté de presse pour protéger sa propre liberté d'expression et le journaliste doit défendre la liberté d'expression des citoyens pour protéger sa propre liberté. Mais la liberté de presse est mal aimée. Au quotidien, des élus, des policiers, des détenteurs de pouvoir et même des citoyens sont tentés de la brimer aussitôt qu'elle choque ou qu'elle contredit leurs idées ou leurs intérêts.
    C'est pourtant une liberté qu'il faut protéger, même quand elle sert à propager des idées avec lesquelles nous sommes en total désaccord. Les libertés de presse et d'expression permettent de combattre les mots par les mots et non par la censure ou à coups de Kalachnikov.

  • visuels)
    De grands mouvements agitaient pourtant les États-Unis et l'Europe. Chez nous paraissait Option Québec, l'essai où René Lévesque exposait le projet constitutionnel d'un regroupement de libéraux progressistes qui, après avoir quitté le Parti libéral, formeraient le Mouvement souveraineté-association. Beaucoup de jeunes Québécois lisaient le livre de Pierre Vallières, Nègres blancs d'Amérique, un essai qui les forçait à poser un regard douloureux sur notre histoire et notre société.
    Le Front de libération du Québec se livrait à des actes terroristes; durant la décennie 1960, ses bombes avaient secoué des monuments, des casernes militaires, des édifices qui symbolisaient notre statut colonial. La pièce Les Belles-soeurs de Michel Tremblay, qui ébranlerait l'idée que nous avions de la culture québécoise, était créée au Théâtre du Rideau Vert. Le Speak White de Michèle Lalonde, les vers des Gaston Miron, Claude Gauvreau, Raymond Lévesque, Gérald Godin résonneraient bien au-delà de cette Nuit de la poésie qui frapperait durablement l'imaginaire indépendantiste.
    J'ai vu passer tout ça à l'époque. Mais mes préoccupations étaient sociales, humaines, égalitaires. Et pour moi, le social et le politique n'avançaient pas encore main dans la main.
    À l'université toutefois, l'étincelle est survenue. Petite flamme en moi, qui s'aviverait de manière fulgurante. Au fil du baccalauréat, j'ai réalisé une étude sur les conditions de logement dans la Basse-Ville de Québec. Plus tard, avec mon amie Catherine, nous avons occupé des emplois d'été à l'Agence des services sociaux de la Côte-Nord; on m'avait chargée d'évaluer les foyers d'accueil, et Catherine veillait à l'évaluation et au placement des enfants. On me formait à bien connaître les organismes et les cadres sociaux, à voir les difficultés, les manques, les défis, à comprendre les mécanismes d'intervention. Et le cursus en était un de conscientisation. Le rôle que jouaient les gouvernements et leurs impacts dans la vie réelle des citoyens m'apparaissaient de plus en plus clairement.
    De là, il ne me faudrait pas longtemps pour m'éveiller à la question nationale, et à tout ce qui était en train de se passer dans la politique québécoise. Il ne me restait qu'un pas à faire. Et la cassure serait raide.

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